• « Aucune utilité ne peut légitimer le risque immense de partir sur les flots. Or les véritables intérêts puissants sont les intérêts chimériques. Ce sont les intérêts qu’on rêve, ce ne sont pas ceux que l’on calcule. Ce sont les intérêts fabuleux. » G.Bachelard – « L’eau et les rêves ».

     

    Embarquons-nous? 

    Injonction paradoxale que cet « embarquons-nous » en période de crise migratoire où la mer, et plus largement le voyage, sont devenus synonymes de danger. Ce nombre de vies, aux horizons bouchés, lancées sur les mers et les routes, vient contaminer le champ entier de nos activités sédentaires et percute quotidiennement notre vision du voyage.

    C’est comme cela, que notre nouveau projet de création « Jeanne et la chambre à airs », élaboré en connivence avec son autrice au coeur de cette terrible actualité, devient une sorte d’écho à la fois proche et lointain. C’est une fable réaliste qui traite d’un déménagement. Le déménagement est un mouvement humain caractéristique de notre être en vie mais c’est parfois un départ qui s’impose brutalement dans nos sociétés en pleine accélération. Beaucoup le subissent plus qu’ils ne le décident, ce qui provoque vide et stress, faute d’avoir eu le temps de le penser, de le pré-voir. 

    Dans notre histoire, une enfant, stoppe ce voyage prévu par ses parents, d’un « NON » vital, magnifique et salutaire, qui n’a rien à voir avec un caprice. Dans cet espace vide fourni par ce blocage réflexe, elle utilise le pouvoir de son imagination au secours de l’inconnu que lui impose cet avenir qui l’angoisse, mettant des images et des mots sur l’avenir qui l’attend.

    Si notre fable d’un réaliste poétique, nourrie de personnages cocasses, se chante et vire à la comédie fréquemment, elle réaffirme cependant, de façon sérieuse et urgente, la nécessaire fonction de l’imaginaire, non comme un espace dans lequel on viendrait se réfugier contre l’adversité et les peines du réel mais, bien au contraire, comme un rêve éveillé, à la fois relié au réel et suspendu. Un espace qui donne ici à notre héroïne la capacité de forger des armes pour affronter, voire transformer cette réalité brutale en avenir possible. « On n’apprécie bien que les paysages qu’on a d’abord vus en rêve » disait aussi Gaston Bachelard à propos des intérêts fabuleux.

    J’aime à penser que cette situation de déménagement impossible, banale et cependant très théâtrale, saura nous distraire autant qu’elle nous aidera à mesurer l’écart entre les voyages dans lesquels on nous promène et ceux grâce auxquels nous créons nos trajectoires de vie.

    Alors... Embarquons ENSEMBLE !

    Christian Duchange
    Directeur artistique de la Cie L’Artifice et de La Minoterie

     

  • Belle saison à tous !

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